« Si la vérité est de droite, alors je suis de droite » (deuxième partie)

En 1969, l’historien Simon Leys sort un livre très critique sur Mao les habits neufs du Président Mao. Cela ne plaît pas aux universitaires et autres intellectuels alors en extase devant la « révolution culturelle ». Le Monde, où sont présents à l’époque des cathos maoïstes critique le livre. Simon Leys devient persona non grata dans les universités françaises, le responsable des études chinoises à la Sorbonne l’a invité à poser sa candidature à un poste de maître de conférences. C’est alors que s’organise une cabale contre ce projet, les professeurs adorateurs du petit livre rouge iront jusqu’à réveiller dans la nuit le directeur des Etudes chinoises à Jussieu, jusqu’à ce que celui-ci revienne sur sa décision empêchant l’historien Leys de donner des cours en France. Alain Bouc, journaliste au Monde, catho-maoïste, explique que ce livre a été rédigé en « crochetant dans les corbeilles de la CIA »(6). Bien sûr, les totalitaires de droite comme de gauche ont toujours une inclinaison aux théories complotistes. C’est un coup de la CIA, du Mossad, des sionistes, des américains… On les retrouve aujourd’hui, comme avant. Cette chasse aux universitaires qui ne plaisent pas à toujours lieu. Ainsi, Pierre André Taguieff a eu droit lui aussi à une pétition demandant à ce qu’il ne puisse plus poursuivre ses recherches.Cette gauche qui aime tant –soit disant- la démocratie, le débat, se plait à devenir inquisitrice en censurant ou empêchant de s’exprimer ceux qui osent penser différemment. Preuve d’un conformisme déconcertant, voire un conservatisme (forcément réactionnaire) qui ne veut pas dire son nom. Taguieff a été traité de « national républicain » ce qui est un contre sens total, puisqu’un républicain se réclame de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Mais qu’importe l’essentiel est de calomnier pas de débattre. Ses nombreux livres sont ignorés ou descendus en flamme par les médias de gauche. Il est classé comme « sioniste » donc comme un pestiféré car dénonçant l’antisémitisme musulman, il est interdit de conférence dans certaines universités. En 2010, il ose ironiser sur Stéphane Hessel, il est aussitôt dénoncé par le MRAP comme « islamophobe obsessionnel fasciné par l’extrême droite». Il confirme « cette campagne a duré plusieurs mois, des lettres réclamant ma tête ont été envoyées au CNRS et à la direction de sciences-Po »(7). Imaginons ces gens au pouvoir : c’est le retour des autodafés et de la censure, des camps de rééducation !

Une autre méthode consiste à non pas censurer ou calomnier, mais ignorer, méthode plus insidieuse et efficace. Quand Georges Bensoussan publie son livre en 2002, Les territoires perdus de la République où il évoque, témoignages à l’appui, la montée du communautarisme, du sexisme, de l’homophobie et de l’antisémitisme dans les quartiers populaires, tous les médias de gauche ignorent son livre. Quand un ouvrage de sociologue pro Bourdieu sort, il bénéficie, lui, de publicité. Résultat : le déni s’installe. Puis, certains sont par la suite « étonnés » par le fait que la minute de silence pour Charlie hebdo n’ait pas été respectée dans de nombreux collèges et Lycées.

Le vocable « national républicain » a aussi servi à créer un amalgame entre ceux qui Républicains défendent la laïcité et le Front National. D’ailleurs, toutes les franges de la gauche sans exception soupçonnaient dans les années 90 tout et n’importe qui de « faire le jeu du Front National ». Vous parlez du problème du voile à l’école ? Vous faites le jeu du F.N ! Vous parlez de laïcité ? De Nation ? De délinquance ? Vous faites le jeu du Front National ! Résultat, le F.N a pu récupérer toutes ces thématiques et a augmenté ses chances d’arriver au pouvoir. Merci qui ? Merci la gauche dans son ensemble ! Cette gauche qui aujourd’hui clame qu’il ne faut pas faire « d’amalgame » entre l’Islam et l’islamisme est la championne des amalgames. Quand Mélenchon déclare à propos du CRIF, puis des juifs qu’il s’agit d’« une communauté agressive », il ne fait pas d’amalgame ? Notons qu’il dit cela après le crime raciste antisémite du gang des barbares et ceux de Mohammed Merah ! Par contre, dans son communiqué sur l’attentat de Nice rien n’est dit, il n’y pas le mot islamisme, encore moins les mots Islam ou musulman, ni même DAESH ou EI ! A se demander qui a fait cela. Après le gang des barbares, Merah, le Musée juif de Bruxelles il y eu l’attaque de l’Hyper Casher et à aucun moment des juifs ont attaqué des musulmans, démontrant ainsi la réalité de « l’agressivité » de la dite communauté. Mais à part cela Mélenchon est un rationaliste comme toute personne de gauche, il ne fantasme pas…. Suite au crime odieux du prêtre de Saint Etienne du Rouvray, ni Mélenchon ou le NPA ne publient de communiqué. Imagions, un instant, si un « sioniste » ou un militant du Bloc Identitaire avait tué un Imam dans une Mosquée la réaction de nos cavaliers blancs ou plutôt rouges : là il y aurait eu des communiqués, manifestations et émeutes pour dénoncer ce crime et le « retour de la bête immonde » ou le « fascisme sioniste ». Ils disent lutter contre toutes les injustices, ce ne sont que des menteurs.

Puis, cet été l’affaire du burkini a défrayé la chronique et la torpeur des vacances. Prêt de Marseille, une association a réservé un centre de loisir aquatique uniquement pour les femmes portant cet uniforme religieux et sexiste. Précisons que les garçons de plus de dix ans et les hommes étaient interdit d’entrée. Cela pose de nombreuses questions, celle de l’égalité des sexes, de la mixité, de la laïcité qui fait que notre société est désacralisée et que la religion reste une affaire privée. Que penser quand ces personnes imaginent qu’au-delà de dix ans les garçons ont des pensées impures s’ils voient des femmes en maillots de bain? Ces personnes pensent quoi des femmes en maillots de bain? Sinon que ce sont des « putes » ? Il y a des siècles, les pères de l’Eglise condamnaient les femmes impudiques, maquillées, parées de bijoux… Doit ‘on retourner en arrière à cause d’une autre religion ? Apparemment oui, quand on lit les propos des « progressistes » de la gauche quelque soit sa sensibilité. Le NPA dénonce le retour de « l’islamophobie ». Le Porte parole du PCF, Olivier Dartignolles déclare le 17 août à France Info que les propos de Valls soutenant les arrêtés municipaux contre le burkini, sont « une tentative de détournement des grands enjeux du débat public avec la question religieuse » il ajoute qu’il « suit les pas d’une droite très radicalisée qui court après le FN » et, cerise sur le gâteau, « d’une certaine manière » qu’il « fait le jeu des terroristes qui souhaitent une guerre de religion ». Bref, Valls complice de DAESH ! Répondons à tous ces arguments. Tout d’abord, avant, tous les « penseurs de gauche progressistes » (même si la question sociale était très présente) évoquaient la question religieuse, afin de combattre les superstitions et le fait que les religions sont toujours du côté du pouvoir politique et économique. Est-ce que de Marx à Proudhon on a à faire à des gens qui détournaient le débat des vrais enjeux ? Quand le socialiste Blanqui s’écriait « Ni Dieu, ni maitre », il évoquait bien la « question religieuse ». Faisait ‘il le « jeu des réactionnaires royalistes » ?

De plus, ces enjeux sont considérés comme important par la population, le peuple en parle et se sent concerné par ces problèmes qui mettent à mal le « vivre ensemble » tant vanté par les « progressistes ». Cette gauche se dit « être le peuple » ? Elle est coupée du réel à cause de son idéalisme et son dogmatisme, elle est coupée du peuple. Elle ne veut pas voir le réel. Plutôt que d’affronter les problèmes le PCF et les autres souhaitent que l’on en parle plus, que l’on détourne les yeux. Et ceux qui se risquent à évoquer le sujet les « progressistes » les accusent de faire le « jeu du FN » ou de « DAESH ». Ces femmes en burkini démontrent qu’elles ne veulent pas « vivre ensemble ». Elles souhaitent la sécession de la société, ce qui leur importe ce n’est pas la société, mais leur religion. C’est elles qui font « le jeu du FN », Monsieur Dartignolles. La Sénatrice socialiste Samia Gahli déclare la même chose « c’est une polémique inutile ». Elle dénonce « une dérive inquiétante » non pas de la part des radicaux islamistes dont font parties les « burkinibés », mais de ceux qui dénoncent le fanatisme religieux et là aussi « tous ceux qui contribuent à ce genre de polémique sont les meilleurs agents de DAESH ». Le député socialiste Mennucci lui, évoque « une polémique anti musulman »(8). Donc le burkini n’est pas un vêtement comme un autre, mais bel et bien un uniforme religieux, merci pour cet aveu involontaire… Madame Galhi ose aussi déclarer que « c’est un lieu privé qui a été loué, c’est donc une affaire privée » si un groupe de musique nazi skinhead aux paroles racistes organisait un concert dans un lieu privé que diriez vous, Madame Galhi ? Ce genre de situation s’est déjà produit et les concerts furent presque toujours interdits….

Plenel lui aussi fait tout pour défendre l’indéfendable. Il publie une photo d’il y a plus de 100 ans où l’on voit des femmes habillées en train de se baigner. Doit ‘on rappeler au camarade qu’il y a plus de 100 ans, il n’y avait ni les Congés payés, ni les centres de loisirs ? Et que le maillot de bain, tel qu’on le connait, n’existait pas ? De plus, ces habits n’ont rien à voir avec un uniforme religieux… Enfin, il est étonnant qu’un « progressiste » sorte une vieille photo de la « France rance et moisie » qu’il déteste tant. Fait ‘il la promotion du « c’était mieux avant » ? Devient ‘il conservateur, voire réactionnaire ? C’était une époque où les femmes n’avaient pas le droit de vote, ni le droit d’ouvrir un compte bancaire à son nom…. Comme quoi, il n’y a pas que Zemmour qui entretient la nostalgie de cette période…

Bien sûr, notre association, Cercle Maurice Allard comme d’autres n’échappent pas aux accusations de racisme, d’islamophobie de la part de ces moralistes de gauche. On l’a vu, à gauche on aime bien inventer des nouveaux vocables afin d’accuser et de calomnier, y compris dans son propre camp, Trotski a eu ainsi droit à « hitléro-trotskiste », à « d’assassin fasciste » et fut à son tour accusé d’être allié avec Hitler, Mussolini, alors qu’il était (en plus d’être communiste) juif… Propos basés sur aucunes preuves et ayant aucun fondement. En effet, c’est quoi « l’hitléro-trotskisme » ? Nous, nous avons eu de la part d’un Trotskiste (membre du POI), Pierre Girod, Président de la Libre Pensée du Rhône droit à un nouveau néologisme aussi stupide car sans fondement que de mauvaise foi, en raison de notre soutient à la Directrice de la crèche Baby Loup qui avait licencié une salariée venue en Niqab pour travailler. Nous fûmes alors accusés de « djihad laïciste » (9).

Les mêmes causes provoquant les mêmes effets ! C’est quoi le « djihad laïciste » ? Bien sûr nous fûmes aussi qualifiés de « bourgeois » : « les syndicalistes ouvriers ayant une connaissance du monde du travail que n’ont pas certains laïques de « salon », il ne leur viendrait pas à l’esprit d’appeler au licenciement d’une employée ». Hélas pour ce monsieur, il n’y a pas de membre du CAC 40, ou des rentiers dans notre association, non, il y a même des syndicalistes de la CGT…. C’est ça la réalité! Se faire le chantre du syndicalisme quand on sait que Trotski voulait faire interdire les syndicats dès que Lénine avait assis de manière irréversible le pouvoir du Parti unique… En effet, à quoi bon des syndicats, puisque les ouvriers avaient le pouvoir ? On voit ce que pensait ce « conducator » de la démocratie ouvrière et de la liberté d’association(10)…

Face à tous ces gens qui nous ont promis des « grands soirs », « des révolutions », des sociétés parfaites idéalistes, complètement aveuglés par l’idéologie et l’idéalisme, nous semons le doute et la réalité :

« Jusqu’à présent, la croyance totalitaire que tout est possible semble n’avoir prouvé qu’une chose, à savoir : que tout peut être détruit » Hannah Arendt.

Régis Boussières

(1) Les Textes, Marianne, « la vérité ».

(2) Le Figaro Magazine, 27 novembre 2015

(3) Le Figaro, vendredi 5 août 2016.

(4) L’An II, revue de la Libre Pensée du Rhône, octobre 2014.

(5) Trotsky, le Staline manqué, Willy Huhn, éditions Spartacus.  

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