Il n’y a jamais de hasard

J’ai entrepris un travail d’écriture sur l’antisémitisme, où j’aborde toutes les formes d’antisémitismes avec des faits et des écrits. Long travail qui est loin d’être fini. Comme vous le savez, je milite depuis un bon moment pour la défense de la République laïque en étant membre de l’association Lumières Laïques- Cercle Maurice Allard. Notre association a parmi son travail militant, le fait de promouvoir les intellectuels Républicains tombés dans les oubliettes de l’Histoire à cause notamment de nos élus actuels plus enclin à évoquer le « patrimoine religieux ». Nous avons décidé d’interpeller les élus et les citoyens sur la statue de Burdeau qui fut fondue lors de l’occupation nazie. Nous avions organisé un rassemblement devant ce qui reste du monument d’Auguste Burdeau (cf. notre site internet).

Lors de mes recherches où je lis des propos ignobles, antisémites, racistes écrits par des antisémites qui sont tous contre la République et la laïcité (deux machinations judéo-maçonnique), j’ai été stupéfié. En effet ils ciblent parmi les Républicains, Burdeau. Mon combat contre l’antisémitisme rejoint celui que je mène pour la laïcité, il n’y a pas de hasard ! J’ai été étonné, car cela démontre à quel point à l’époque Burdeau était connu et réputé, d’où le fait que les ennemis de la République le nomment.

Le premier n’est autre qu’une grande figure de l’Action Française : Léon Daudet (1868-1942), fils d’Alphonse Daudet, médecin, écrivain, journaliste, Député de l’Action Française. Il raconte dans son livre Souvenirs littéraires, politiques, artistiques et médicaux en 1920, comment son père antisémite et proche de Drumont attendait les répercutions du livre La France Juive. « Mon père me dit : « C’est demain que paraît le livre de Drumont, La France Juive. C’est une carte qu’il tire au jeu de la librairie : deux gros volumes, bourrés de faits et de documents et aussi intéressants qu’un roman d’aventures. Les gens qu’il met en scène vont essayer de faire silence. Mais je n’imagine pas que ce soit possible. Il y en aura un qui marchera et celui-là, en rompant le pacte, lancera le bouquin. » La France Juive… Les Juifs… Cela ne représentait pas grand-chose. On disait bien : « Un tel est Juif… Les Eugène Manuel sont Juifs… Les Hayem sont Juifs… Albert Wolff est Juif… » Mais ce terme, s’il impliquait une petite distinction, considérée comme religieuse plutôt que comme ethnique, n’avait pas une signification fâcheuse. Principes républicains, doctrines philosophique de la classe Burdeau, opinion régnante à l’Ecole de Médecine, où je commençais mes études, tout s’accordait pour mettre les sémites sur le même pied que les autres Français, comme on disait (…) Les jours passaient. Alphonse Daudet qui lisait avec soin plusieurs feuilles quotidiennes, constatait avec dépit que nulle part il n’était question de la France Juive, quand un matin, il me tendit Le Figaro : « Ca y est, Magnard a mangé le morceau. Maintenant le livre est lancé… Ah ! Je suis joliment content ! » (…) J’en aurai dansé de plaisir. Il m’eût semblé trop injuste qu’un tel effort, si neuf, si hardi, retombât dans les ténèbres et dans l’oubli que « l’âpre forêt, comparable à celle de Dante » – comme le répétait mon père – ne soulevât pas l’admiration du grand public. Car j’avais dévoré, bien entendu, ces pages redoutables et elles avaient été pour moi une révélation du même ordre que l’Introduction à la médecine expérimentale de Claude Bernard (…) Une question nouvelle, celle de la race envahie, se posait à mon jeune esprit, avec toutes les lumières d’or bronzé qu’y faisait jouer Drumont, tous ces accents d’un tragique contenu qui font qu’aujourd’hui encore j’entends sonner dans ma mémoire, comme le tocsin de la patrie, tel ou tel chapitre de La France Juive ».

Le 6 janvier 1895, Léon Daudet écrit un article dans Le Figaro où il décrit la dégradation du capitaine Dreyfus : « Cependant il s’approche, entre ses gardiens, le cadavre marchant d’un pas inconscient de parade, grêle aux regards, mais grandi par la honte, et tel que la haine saisit et domine le tourbillon sensible. Près de nous, il trouve encore la force de crier « Innocent ! » d’une voix blanche et précipitée. Le voici devant moi, à l’instantané du passage, l’œil sec, le regard perdu vers le passé, sans doute, puisque l’avenir est mort avec l’honneur. Il n’a plus d’âge. Il n’a plus de nom. Il n’a plus de teint. Il est de couleur traître. Sa face est terreuse, aplatie et basse, sans apparence de remords, étrangère à coup sûr, épave de ghetto (sic) ».

Il reproche donc à Burdeau d’avoir permis aux Juifs de devenir des Français comme les autres, alors que c’est une race à part.

Le deuxième exemple vient du livre du militant ultra catholique et antisémite, Jules Aper où dans son livre Le Trio : Juifs, francs-maçons, protestants publié en 1898 il dénonce un complot. Dans son ouvrage il dénonce une machination contre l’Eglise, la France ourdi par ce fameux trio. Cependant, ce sont surtout les Juifs qui sont les maîtres du jeu ils sont : « collés comme une pieuvre à la nation française », il (le Juif) « dicte ses arrêts comme il a dicté l’arrêt d’un Ponce-Pilate. Il est dans l’école, et l’école est une sentine où l’on ne reconnaît ni Dieu ni diable : on n’y apprend plus guère qu’à tuer, à voler et à polissonner », « il accapare l’or, l’argent, le cuivre, les blés (…). Dans ce trafic abominable de tous les jours, il est aidé matériellement et moralement par le protestant rusé et le franc-maçon encanaillé : c’est le trio complet, syndiqué, confédéré, fraternisé. Le protestant taupine ; le franc-maçon conspire, le Juif vole pour les trois ». Déjà, à l’époque, bien avant les nazis, Aper compare les Juifs aux Rats « comme il est dans la nature des rats de ronger, de se creuser des tanières sous les édifices, de sortir la nuit et le jour pour aller à la maraude ; ainsi les Juifs sortent de leurs ghettos, le plus souvent nauséabonds, pour faire leurs coups sournoisement : c’est ce qu’ils appellent faire le bedit gommerce. » Dans le passage sur Burdeau il appelle a lutter contre les hérétiques et comparent les Albigeois aux Républicains, ils sont de la même engeance, d’ailleurs ils étaient pour l’instruction des femmes et des enfants ce qui est inadmissible pour ce bon catholique d’Aper, pour lui l’enseignement est une accaparation des citoyens par la République qui les détourne des Eglises et autres couvents : « mais pour que rien ne manque aux traits de ressemblance entre les Albigeois et certains adeptes républicains, nous devons ajouter que les hérétiques farouches du Midi accaparaient l’enseignement des femmes et des enfants, la prônaient gratuitement (ce qui est pour lui un scandale, quoi, les gens du peuple sans le sous peuvent apprendre à lire et écrire !), tout comme les Paul Bert, les Ferry , les Buisson, les Robin, les Burdeau .»

Il est sans doute possible que je relise des textes antisémites qui évoquent aussi le « vil » républicain Burdeau, je me chargerais alors d’en faire un nouvel article.

Régis Boussières

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