Le CCIF, fleuron de la nouvelle extrême droite française (3ème partie)

par Naëm Bestandji

Naëm  Bestandji est un laïque de terrain et fut longtemps travailleur socio-culturel auprès des populations des quartiers populaires. Historien de formation, il travaille sur les thèmes « histoire des femmes », « histoire de la laïcité » et  surtout sur « l’islam radical ». Sa double culture (il est français d’origine tunisienne) et son expérience professionnelle lui permettent une approche plus globale et précise de ce nouveau fléau qui frappe toutes les démocraties. Militant féministe, il a participé au développement du Mouvement « Ni putes, ni soumises » à ses débuts, dont il créa et présida le comité de l’Isère. Il souhaite agir aujourd’hui avec sa plume. Depuis quelques mois, il écrit des articles sur ces sujets, fruits de ses vécus, ses recherches et réflexions. Son dernier article, en plusieurs chapitres, est une étude très importante sur le Collectif contre l’Islamophobie en France qu’il qualifie fort judicieusement de « nouvelle extrême droite française !

       A la lumière de leurs pédigrées ultra-identitaires, racistes et totalitaires rappelés dans la partie précédente, on peut facilement comprendre que ces deux extrêmes droites aient développé une forme d’allergie à la démocratie et à nos valeurs républicaines. Leur vision du monde et du fonctionnement de la société en sont l’exact opposé. Ainsi, la démocratie et certains de nos principes comme la laïcité sont rejetés autant qu’instrumentalisés.

En 2015, Jean-Marie Le Pen avait eu l’occasion de donner son opinion sur la démocratie, tout en expliquant qu’il est contraint de faire avec : Je comprends tout à fait qu’on mette en cause la démocratie, qu’on la combatte. (…) Nous nous battons sur un terrain donné, qu’on ne choisit pas (1). Il est dans la logique historique et idéologique de son courant. La seule période de notre histoire où l’extrême droite obtint le pouvoir, ce fut en 1940. Philippe Pétain, une fois arrivé à la tête de l’État, supprima la démocratie pour la remplacer par un régime autoritaire. Le régime de Vichy, période émouvante et regrettée par un grand nombre de mouvements de l’extrême droite traditionnelle, a montré ce que pouvait donner une telle idéologie quand elle a le destin de la nation entre ses mains, même si les circonstances étaient particulières. Quelques années plus tôt, ce fut Adolf Hitler qui prit le pouvoir par les urnes après ses tentatives violentes ratées. Il supprima aussi la démocratie après avoir gagné la Chancellerie grâce à elle. Mussolini, chef du parti fasciste italien, n’a pas plus brillé par son grand amour de la démocratie. Le communisme soviétique, ou actuellement le régime Nord-Coréen qui en est un vestige dans sa forme la plus caricaturale, n’était évidemment pas plus démocrate. L’extrême droite n’a pas l’exclusivité du totalitarisme. Ce qui rend le totalitarisme islamiste si proche de celui de l’extrême droite traditionnelle, c’est son idéologie et sa conception du monde qui le justifient.

Les intégristes musulmans ont ainsi en horreur tout ce qui représente les valeurs démocratiques. Beaucoup d’entre eux, notamment les salafistes, n’hésitent pas à l’afficher ouvertement. Les Frères musulmans ont opté pour une stratégie politique bien plus fine et intelligente. La même stratégie que l’extrême droite traditionnelle, mais de façon encore plus efficace : se servir de la démocratie, prétendre même la défendre, pour mieux la supprimer une fois qu’elle ne sera plus utile pour l’accession au pouvoir. Les Frères musulmans ont opté pour cette stratégie suite à leurs multiples échecs de prise de pouvoir par la force. Si Adolf avait réussi à le prendre par les urnes, pourquoi pas eux ? Alors il faut tout faire pour séduire. En Égypte, puis dans d’autres pays musulmans, ils ont investi tous les domaines négligés par l’État : la santé, l’éducation, le social, l’aide alimentaire, etc. C’est la conquête par le bas. En France, cette conquête par le bas se manifeste surtout à travers le milieu associatif sous couvert d’actions humanitaires, “culturelles” ou éducatives. Un bel exemple dans le domaine humanitaire est le “Comité de bienfaisance et de secours aux Palestiniens”, une association satellite de l’UOIF. Quant à certains centres culturels musulmans, ils utilisent le “culturel” pour faire du “cultuel”. Les diverses activités éducatives, culturelles et de loisirs qui y sont proposées ne sont que des supports pour endoctriner leurs adhérents, surtout les enfants qui sont les futurs citoyens. Leurs centres de documentation regorgent d’ouvrages d’islamistes plus durs les uns que les autres. On peut y trouver la collection complète des œuvres de Tariq et Hani Ramadan, Youssef Al-Qaradhawi, les compilations de l’ensemble des décrets des fatwas prises par le Conseil Européen de la Fatwa et de la Recherche (organisation européenne des Frères musulmans présidée par Y. Al Qaradhawi et dont l’UOIF est membre), les ouvrages de théologiens wahhabites, etc. En revanche, il est rare d’y trouver les écrits de musulmans modernistes. Les enfants ne sont pas oubliés. En tant que futurs citoyens, c’est même leur première cible. Des livres pour la petite enfance ou des informations sur des activités de loisirs ont pour illustration des fillettes de 4 ans voilées parmi d’autres enfants. L’objectif est d’instiller le voile chez les enfants, en faire un “vêtement” comme un autre en habituant les fillettes à le porter pour leur faire accepter leur futur statut d’objet sexuel qu’il faudra cacher. Ainsi, elles “choisiront” plus tard d’elles-mêmes de le porter… “librement”. Insérer cette idée dans des illustrations à l’allure anodine, reflet de la réalité dans ces centres culturels, permet de la relativiser et la banaliser.

Le prêcheur salafiste Nader Abou Anas est l’administrateur du site Dourous.net, vitrine internet de l’assocation D’clic dont il est le président

Les objectifs de D’clic pour la diffusion de son islam radical

Exemple d’activité et de son illustration. Ici, l’endoctrinement dès le plus jeune âge à la cause Palestinienne et par le biais de la confessionnalisation du conflit. Deux petites filles voilées figurent parmi les autres enfants. Un des moyens de banaliser le voile.

Ils ont également infiltré les milieux estudiantins. C’est par là, dès les années 1960, que l’islamisme a connu ses premiers balbutiements en France. Former des élites qui sauront s’exprimer, utiliser nos codes culturels, pour à la fois séduire les musulmans mais aussi ceux qui deviendront leurs “idiots utiles”. Ceci afin de faire plier la République par le biais politique. C’est la conquête par le haut. Le CCIF est l’outil le plus abouti à ce jour. Ses militants sont le fruit de la conquête par le bas et aujourd’hui acteurs de la conquête par le haut. Le syndicat EMF (Étudiants Musulmans de France), une des branches de l’UOIF, en est un autre exemple. Leurs actions spécifiquement étudiantes sont assez limitées. En revanche, on ne compte plus leurs demandes religieuses (salle de prière et autres), leurs actions caritatives pour développer leur prosélytisme ou leurs conférences victimaires (avec notamment le CCIF). Leurs membres, tout au moins leurs dirigeants, sont plus “Musulmans” que “Étudiants”.

L’UOIF, ses associations satellites et ses prédicateurs, ainsi que le CCIF, sont du même courant du seul parti qui a réussi à atteindre et garder le pouvoir à ce jour : le parti islamiste turc, l’AKP. Leur courant n’est pas l’islam comme religion spécifiquement, mais l’islamisme frériste comme idéologie totalitaire. Dans un discours daté de 1996, Recep Tayyip Erdogan considère que la démocratie n’est pas un but mais un moyen. Elle est comme un tramway duquel on descend une fois arrivé au terminus, c’est-à-dire une fois arrivé au pouvoir (2). C’est une image très parlante. Il dit la même chose que Jean-Marie Le Pen, mais de façon plus poétique. Et c’est exactement ce qu’il fait. Il a gagné démocratiquement les élections et mené une politique accommodante durant quelques années pour consolider sa popularité. Puis, il s’est dévoilé : annihilation de toute opposition politique, neutralisation (parfois violente) des médias trop critiques, modification de la constitution turque pour consolider son pouvoir autoritaire, suppression progressive de la laïcité, développement de lois et favorisation de tout ce qui permet la radicalisation religieuse des esprits, etc. Bref, amener la Turquie vers un régime autoritaire et totalitaire, tel que l’idéologie des Frères musulmans l’a toujours préconisé. Ne pas fomenter un coup d’État pour accéder au pouvoir, mais se servir de la démocratie pour l’atteindre et mieux la supprimer ensuite. C’est ce qu’avait fait Adolf Hitler en 1933.

Si les islamistes s’en donnent à cœur joie dans la manifestation de leur antisémitisme, leur racisme et leur rêve totalitaire dans les pays musulmans, ils peuvent difficilement le faire en France. Les Frères musulmans ont bien compris qu’ils ne peuvent pas y utiliser les mêmes méthodes que dans les pays moins démocratiques et moins laïcs. Nos lois et nos valeurs, dont la laïcité, sont un bouclier qui les empêche de s’afficher ouvertement. En dehors de quelques cas isolés, les organisations nationales n’ont pas (encore) créé un parti politique islamiste. Ils ne peuvent pas non plus faire de déclarations aussi frontales que Erdogan. Chez les Frères musulmans ayant une certaine audience médiatique, seul Marwan Muhammad ose se dévoiler en partie (Tariq Ramadan exprime les mêmes choses, mais il est plus subtil). Il utilise tous les outils que lui offre la démocratie : liberté d’association, liberté d’expression, le judiciaire par le “jihad des tribunaux”, et même les élections en donnant des consignes de vote en faveur des candidats les moins “islamophobes”. Mais au final, il considère que ce sont les musulmans qui, en tant que peuple supérieur, ont vocation à gérer le monde et à définir ce qui est bien ou mal pour l’ensemble de l’Humanité (cf. 2ème partie). Comme le CCIF clame officiellement défendre les valeurs qui sont les nôtres et qu’il est aussi dans la victimisation permanente, sa vision raciste et totalitaire passe comme une lettre à la poste auprès d’une partie de la gauche et des féministes.

Les salafistes étant en revanche moins subtils, puisqu’ils ne sont pas dans une stratégie politique, c’est d’eux que viennent les propos dévoilant leurs opinions. Ce qui déplait évidemment aux Frères musulmans dont la stratégie est objectivement plus efficace. Mais cela n’empêche pas ces mêmes salafistes de se retrouver régulièrement dans des conférences ou manifestations communes avec le CCIF.

Ainsi, l’extrême droite traditionnelle et la nouvelle extrême droite sont les deux faces de la même pièce. Alors rien d’étonnant à ce qu’ils aient été les moins “Charlie” d’entre tous. Mais surtout, le CCIF a été d’une indécence et d’une agressivité hallucinantes lors des différents attentats ayant touché Charlie Hebdo. Je l’ai démontré dans un article précédent (3). Pourquoi une telle haine ? Car le journal satirique est l’illustration de la liberté d’expression, un des piliers de la démocratie. Que nous aimions ou pas ce journal, qu’il nous choque ou nous fasse rire, il a toujours profité autant que possible de cette liberté d’expression si précieuse. Et qui étaient leurs cibles préférées ? En premier lieu le FN (et l’Église). Puis l’ensemble de la classe politique. Les intégristes musulmans arrivent bien après eux. Mais pour les islamistes, c’est déjà trop. Leurs délires victimaires les poussent à hurler au blasphème. Un délire victimaire poussé jusqu’à l’indécence en 2011 et surtout en 2015 (4). Mais ils ont eu gain de cause. Si la République ne reconnait toujours pas le délit de blasphème, il a quand même été rétabli en France par les islamistes djihadistes. A présent, plus personne n’osera dessiner le Prophète. La sentence en cas d’infraction ? La peine de mort…

La convergence de vue des deux extrêmes droites sur la démocratie et la place de la religion les amène à se retrouver sur la même longueur d’onde concernant des enjeux sociétaux tels que la laïcité. Une laïcité instrumentalisée qui participe à leur stratégie de conquête.

Dans les débats sur la laïcité, tout comme sur ceux du sexisme, il y a ceux qu’on appelle les “idiots utiles”. Ils pensent sincèrement défendre la laïcité en soutenant les intégristes musulmans et en luttant contre l’universalité de l’égalité des sexes. D’un autre côté, il y a ceux qui ont parfaitement conscience qu’ils ne sont pas laïques mais qui déclarent l’être pour mieux lutter contre. C’est le cas du Front National et des islamistes Fréristes (les salafistes en général ne jouent pas de double jeu. Ils ne cachent pas leur rejet de la laïcité). Des musulmans qui ignorent ce qu’est la laïcité sont séduits par le discours de “défense de la vraie laïcité” revendiqué par les intégristes musulmans. Rhétorique utilisée depuis 1989 par l’UOIF et qui explique aussi en grande partie le succès du CCIF. Le Front National est sur la même ligne de “défense de notre laïcité”. Chacun essaye de s’en servir à son avantage. Pour l’un c’est pour imposer (sa vision de) l’islam. Pour l’autre c’est l’imposition du retour à une société où la culture catholique prédomine, en niant une partie de sa population issue de l’immigration contemporaine.

La loi de mars 2004 sur les signes religieux à l’école en est le parfait exemple. Les islamistes la considèrent comme “islamophobe”, une loi “d’exception aux relents post-colonialistes”. Pourtant, l’empire colonial français était aux antipodes de la loi de 2004. Il n’a jamais interdit les signes religieux dans les colonies. Pour une raison simple : les musulmans n’étaient pas des citoyens français mais des “indigènes”, y compris dans les départements français d’Algérie. Les lois et principes laïques ne s’appliquaient donc pas à eux… La France avait même entretenu les identités confessionnelles comme manœuvre politique coloniale dans la gestion des oppositions “indigènes” (diviser pour mieux régner). L’argument des islamistes est ainsi contraire à l’Histoire. Car en 2004, c’est bien en raison de l’égalité entre tous les citoyens sans distinction de religion que cette loi a été votée. Un certain nombre de jeunes filles musulmanes subissent une pression (visible ou latente) à laquelle ne sont pas soumises les autres jeunes filles. Ces jeunes filles sont assignées à une identité religieuse rigoriste, qu’elles le veuillent ou non, dont les conséquences importantes ont été démontrées par différents rapports et commissions. Le voile est également un moyen d’entrisme prosélyte au sein des établissements scolaires, lieux hautement stratégiques pour la conquête religieuse des esprits. De nombreux cours ont été perturbés et des tensions étaient apparues en raison de l’entrisme de l’islam radical. Cette loi vise donc à limiter l’expansion d’une idéologie totalitaire (l’islamisme), du communautarisme et du sexisme au nom du religieux. Contrairement à ce que souhaitent faire croire les islamistes, cette loi ne concerne pas les musulmans, mais les dérives faites au nom de l’islam. Une musulmane modérée se fiche complètement de la loi sur le voile intégral ou de celle sur les signes religieux à l’école puisque cela ne la concerne pas. Elle est même, grâce à cette loi, protégée contre les injonctions intégristes.

Ainsi, les islamistes dénoncent une loi “raciste, d’exception, aux relents post-colonialistes” et souhaitent revenir à une situation discriminatoire inspirée de la colonisation en demandant une inégalité de traitement en raison de leur confession. Dénoncer le “colonialisme” pour demander un traitement néocolonial. Il fallait y penser.

Un désir d’inégalité pour être privilégié qui va encore bien plus loin. Tout le monde s’accorde à dire que la laïcité est la liberté de croire et de ne pas croire, donc de changer de religion ou d’avoir la liberté de ne pas en avoir. Les islamistes tels que l’UOIF sont officiellement au diapason, mais uniquement quand cela leur sert. S’ils sont effectivement d’accord pour que chaque musulman puisse pratiquer sa religion librement, pour que toute personne puisse se convertir à l’islam comme cela est garanti par la loi et la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme, ils sont bien plus réticents à appliquer la réciprocité. Les islamistes refusent de reconnaitre l’apostasie comme un droit. Un événement important mais peu connu confirme ce refus de la laïcité et de l’égalité entre tous les citoyens. Un refus qui a été accepté par l’État, trahissant ainsi ses propres valeurs.

En 1999, le ministre de l’intérieur de l’époque, Jean-Pierre Chevènement, souhaitait déjà la création d’une instance représentative des musulmans français. Il lança alors une vaste consultation auprès de plusieurs fédérations musulmanes, grandes mosquées et personnalités musulmanes de France. Le ministère y inclut les intégristes de l’UOIF. Le préalable à la reconnaissance par l’État d’une telle organisation représentative était logiquement une reconnaissance mutuelle. Les participants devaient accepter officiellement un texte rappelant les principes de la laïcité. Ce fut fait, mais au prix d’un cadeau offert à l’UOIF : la mention du droit de changer de religion est notamment retirée à la demande de l’UOIF (5). L’État français, cet État “islamophobe”, a renié un des principes les plus fondamentaux de nos valeurs républicaines pour faire plaisir à des intégristes qu’on souhaitait présents dans cette construction d’un islam de France… Cela ne s’appelle pas un “accommodement”. C’est un renoncement. Et les musulmans qui souhaiteraient changer de religion ou bien affirmer leur athéisme ? Tant pis pour eux. Les islamistes, ceux-là même qui prétendent vouloir respecter la “vraie” laïcité ou bien une laïcité “ouverte”, les considèrent comme des traîtres. La liberté religieuse et de conscience, socle de notre laïcité, sont de beaux principes… mais pour les autres. Les français musulmans, eux, doivent être essentialisés et assignés à l’islam. Qu’ils le veuillent ou non. Ceci est un des événements qui montrent le double jeu et le double langage des islamistes. Farouchement anti-laïques, ils se servent de la laïcité pour imposer leurs valeurs. Une perte de repères des républicains qui ne se serait jamais produite face aux intégristes catholiques.

Puisque l’UOIF a clairement marqué son refus de la laïcité en 1999, a-t-elle manifesté également ce rejet pour justifier son opposition à la loi sur les signes religieux à l’école en 2004 ? Et bien non. Cette fois, c’est au nom du respect de la laïcité qu’elle a combattu la future loi. Elle a utilisé la stratégie classique des Frères musulmans : se servir de nos valeurs et de nos conceptions pour les instrumentaliser afin de les retourner contre nous. Mais cette fois, le sujet étant très médiatisé et les enjeux bien plus profonds, la République n’a pas cédé.

L’UOIF n’a pas voulu céder non plus. En juillet 2004, 4 mois après le vote de la loi et 3 mois avant la 1ère rentrée scolaire où la loi sera appliquée, l’UOIF rédigea un communiqué officiel, “Lettre aux musulmans de France” : Nous recommandons [aux élèves] de se présenter dans les établissements dans les tenues qu’elles auront choisi de porter. Si leur tenue devait poser problème, nous les encourageons à un dialogue constructif avec la communauté éducative de manière à rechercher des solutions qui respectent à la fois leurs convictions religieuses et la loi en vigueur. Elles pourront compter sur le soutien des associations locales. (…) Si, par malheur, des membres de la communauté éducative de leurs établissements venaient à faire une interprétation abusive de la loi, considérant notamment qu’elle équivaut à une interdiction générale et absolue de tout signe et tenue d’origine religieuse, notamment musulmane, les élèves pourraient alors compter sur le soutien de l’ensemble des associations musulmanes et des organisations attachées à la défense des droits de l’homme et des libertés fondamentales.

Nous sommes prêts à leur fournir, ainsi qu’à leur entourage, un soutien moral, une aide au dialogue, une information sur la bonne connaissance de leurs droits, des conseils avisés d’acteurs de terrain, et une assistance juridique (6).

L’UOIF invitait les élèves à se présenter voilées si elles le “souhaitaient”, à flirter avec les limites de la loi, tester encore et toujours jusqu’où elles pouvaient aller, avec le soutien (ou plutôt le pilotage) d’associations islamistes, et maintenir ainsi la pression. L’instrumentalisation sans complexe d’adolescentes et d’enfants pour tenter l’imposition progressive du sexisme au nom des valeurs islamistes. On ne doute de rien chez les intégristes.

Les arguments victimaires étaient peu présents à l’époque. La sémantique a évolué quelques années plus tard. En 2015, soit 11 ans après le vote de la loi, l’UOIF ne s’est toujours pas remise de ce “traumatisme”. Dans un communiqué sur son site internet, elle déclare que la loi n’a servi qu’à stigmatiser et humilier encore plus les musulmans. Cette loi n’aura en aucun cas servi le bon vivre-ensemble, bien au contraire (7). “Stigmatiser”, “humilier”, “vivre ensemble”, ces éléments de langage ne vous rappellent rien ? L’élément de langage de base reste le même : les islamistes parlent toujours des “musulmans”. Ils ne vont évidemment pas dire les “islamistes” ou “les intégristes musulmans”, ni même les “musulmanes voilées”. Ils estiment être les représentants de l’ensemble des musulmans, des intégristes qui leur ressemblent jusqu’aux plus modérés qui les considèrent comme des illuminés. Cela leur permet aussi de valider leur radicalité comme étant le véritable islam. Ainsi, si on s’attaque ou critique le sexisme moyenâgeux du voile, c’est qu’on s’attaque à l’ensemble des musulmans.

Quant au reste de la rhétorique, elle a évolué vers une plus grande victimisation. Nous reconnaissons, là, la quintessence du CCIF.

Plus surprenant encore un an auparavant, l’UOIF avait aussi rédigé un communiqué pour les 10 ans de la loi (décidément, le “traumatisme” est profond) où elle indiquait qu’elle s’attriste du dévoiement de la laïcité qui en a résulté. Cette laïcité sensée, selon la loi de 1905, garantir aux citoyens l’exercice de leur culte via la stricte neutralité de l’Etat, se trouve travestie au bout de dix ans en une nouvelle laïcité qui empiète inlassablement sur les droits et les libertés religieuses des individus. (…) L’UOIF garde l’espoir pour les prochaines années d’un retour à une laïcité apaisée, ouverte et fidèle à ses principes fondateurs. Pour ce faire, il appartient notamment aux organisations musulmanes d’œuvrer par tous les moyens légaux pour éviter les abus et violences liés à l’application de cette loi et continuer à dénoncer toutes les lois qui tendent à diviser notre société (8).

Dit autrement, l’UOIF reproche à l’État d’appliquer la loi. Mais pour ne pas le dire ainsi, elle use encore d’une rhétorique bien rodée depuis. Elle se pose en modérée, en rassembleuse de la société. Elle prône une “laïcité ouverte”. Bref, renoncer à la laïcité française pour une laïcité anglo-saxonne plus accommodante avec les intégristes, et abroger la loi de 2004 pour le respect de leur radicalité et de leur sexisme sous la menace d’une société divisée en cas de maintien de ladite loi.

Mais les passages les plus savoureux ne sont pas là. L’UOIF estime en effet que la laïcité sensée garantir aux citoyens l’exercice de leur culte se trouve travestie au point d’empiéter inlassablement sur les droits et les libertés religieuses des individus. En 1999, elle rejetait officiellement la laïcité en refusant d’accepter la liberté religieuse et la liberté de conscience pour les musulmans qui souhaiteraient quitter l’islam. Mais elle brandit comme argument la liberté religieuse garantie par la laïcité au sujet du voile quelques années plus tard. Je l’affirme de nouveau : farouchement anti-laïques, les islamistes se servent de la laïcité pour imposer leurs valeurs.

Leur instrumentalisation ne s’arrête pas à cela. Marwan Muhammad, le plus grand défenseur de tous les temps et de l’univers de la laïcité, avait tenu des propos hautement politiques à la mosquée de Tremblay le 28 août 2016, suite à l’incident au restaurant Le Cénacle (des propos anti-musulmans avaient été proférés par le patron des lieux envers deux clientes voilées) : Il y a une responsabilité politique qui a créé les conditions pour que ce type de drames soit possible. (…) Dans un temps comme le nôtre, quand les ordres sont problématiques (à propos des policiers des municipalités concernées par les arrêtés anti-burkini), ce n’est pas la désobéissance civile qui est un problème, c’est l’obéissance servile. (…) Personne n’a le droit de nous dire comment on doit s’habiller, comment on doit financer les mosquées (…). Et pour ça, il faut se mobiliser politiquement. (…) Être capable de se mobiliser en envoyant 1000 courriers, 2000 courriers, 5000 coups de fils à tel élu dont on considère que le comportement est problématique, c’est une action politique. (…) Et dans l’ensemble de la palette des actions politiques qui sont possibles, que ce soit le vote ou l’adhésion à des associations ou le fait de se mobiliser et se rassembler à un endroit, je vais choisir celle avec laquelle je suis en accord et en adéquation, conforme et cohérente avec ma vision de la société, avec mes valeurs, avec mon éthique. (…) Plus on sera efficace et on pèsera politiquement, plus ce sera compliqué pour des élus de nous maltraiter et de nous mettre à l’index (9).

Or, la loi du 9 décembre 1905 concernant la séparation des Églises et de l’État est très claire : Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte (article 26).

Non seulement il ne voit pas le problème à une telle infraction, et encore moins à la violence de ses propos, mais en plus il l’assume ouvertement dans un entretien hagiographique accordé au Monde trois jours plus tard, lorsque la journaliste lui rappelle cet article de la loi : Je n’ai rien dit de différent de ce que je dis depuis 6 ans. “L’islamophobie”, (…) c’est aussi une question politique (10). Pourquoi s’en priverait-il ? Auréolé de son statut de victime permanente grâce au soutien des “idiots utiles”, il peut tout se permettre, y compris ne pas respecter un principe et une loi qu’il prétend défendre. Montrer une façade Aristide Briand pour cacher l’arrière cours Hassan Al-Banna.

Un affichage neutre et laïque comme outil pour masquer son marquage politique à l’extrême droite et son rejet de la laïcité.

Nous constatons la même instrumentalisation au FN. Ce parti est historiquement anti-laïque. Leurs nombreux membres issus de l’intégrisme catholique et ses positions en faveur de l’enseignement privé catholique en sont quelques exemples. Il n’est donc pas étonnant qu’il ait combattu très tôt le projet de la future loi de mars 2004 qui concerne l’ensemble des signes religieux à l’école, y compris les signes chrétiens. Sa “croisade” actuelle pour la défense de la laïcité n’est que le moyen de réaffirmer les “racines chrétiennes de la France” en s’attaquant uniquement aux revendications religieuses des intégristes musulmans. Les revendications chrétiennes ? De simples manifestations culturelles d’après lui… Alors en invoquant la neutralité de l’école laïque tout en défendant une vision chrétienne et cléricale de la nation, le Front National est à l’opposé de l’idée républicaine, égalitaire et fraternelle de la laïcité (11). Ainsi, le FN dénonce avec force les écoles musulmanes intégristes et les revendications communautaristes musulmanes au nom de la laïcité, mais ferme les yeux ou cautionne les écoles catholiques intégristes et les manifestations catholiques portant atteinte à cette même laïcité. En face, les islamistes tels que le CCIF défendent les écoles musulmanes intégristes et les revendications religieuses au nom du respect de la laïcité.

Dans sa lutte contre la loi de mars 2004, le FN était en adéquation avec l’Église. Car une frange de cette dernière n’a jamais accepté la loi de séparation des Églises et de l’État. La société étant intellectuellement armée pour se dresser contre toute incursion des intégristes catholiques dans l’école, ils ne peuvent plus vraiment agir directement. Les intégristes musulmans sont donc des alliés inespérés. Car ce que la société n’accepte pas de l’Église, une partie de la société est prête à l’accepter, par inconscience et relativisme, si cela vient des musulmans. Ce qui représente pour l’Église la petite ouverture pour enfin se réintroduire dans l’école. Car si nous acceptons le sexisme du voile à l’école au nom de la “liberté religieuse”, il serait discriminatoire de ne pas aussi accepter les revendications religieuses des autres religions. Les intégristes catholiques, par leur soutien aux intégristes musulmans dans leur lutte contre la future loi de mars 2004, se tenaient donc en embuscade. Mais la loi a été votée. Fin de la bataille… pour l’instant.

Les islamistes du CCIF se retrouvent ainsi être le négatif photographique du FN et de mouvements identitaires d’extrême droite tels que Riposte Laïque qui instrumentalisent la laïcité de la même façon. Les uns ont besoin des autres en usant de la même arme (la laïcité) détournée de sa fonction originelle. Une arme pour s’affronter entre eux, mais aussi pour affronter leurs adversaires communs : les républicains laïques, démocrates et les féministes universalistes.

Si leurs ressemblances sont visibles dans leur instrumentalisation des valeurs républicaines, elles le sont également dans leurs liens avec des mouvements et individus peu recommandables. Comme tous les mouvements politiques, ces deux extrêmes entretiennent des relations et travaillent avec des partenaires qui leur ressemblent. Leurs partenariats peuvent donc être un autre révélateur de leurs idéologies.

Les Frères musulmans sont bien représentés en France à travers l’UOIF et ses associations satellites, ainsi que par de nombreux prêcheurs. Le CCIF, faisant partie de cette mouvance, est souvent partenaire ou intervenant dans leurs conférences, leurs locaux, et à la même tribune que d’autres intervenants sulfureux. Mais le CCIF n’est pas sectaire. Il intervient et/ou s’associe également avec les salafistes.

Ce comité étant idéologiquement la branche juridique des Frères musulmans en France, c’est certainement pour cela qu’il n’a jamais apporté la moindre critique aux dérives autoritaires de l’AKP. Aucune déclaration pour dénoncer l’instrumentalisation de l’islam à des fins politiques liberticides et anti-démocratiques, ni pour dénoncer l’oppression que vivent les démocrates turcs, musulmans ou non. Il pourrait nous rétorquer que son silence est dû au fait qu’il ne se mêle pas des affaires d’autres pays. Soit. Mais ne serait-ce pas plutôt l’application de l’adage “qui ne dit mot consent” ? Car le CCIF et l’extrême droite turque n’hésitent pas à se retrouver pour l’expansion de leur idéologie à travers des “assises contre l’islamophobie” dans des locaux diplomatiques de l’ambassade de Turquie sous l’égide de son ministère des Affaires religieuses (12). Ces “Assises contre l’islamophobie”, organisées notamment par le CCIF sont soutenues par tout ce que l’AKP dispose comme instruments pour contrôler et se renforcer auprès de sa diaspora. Ils ne s’en cachent d’ailleurs pas (13). D’un côté le CCIF pourfend l’État d’urgence en France, sa police et sa Justice. De l’autre il fait ami-ami avec un régime basculant chaque jour un peu plus dans le totalitarisme. Mais un totalitarisme légitime pour les islamistes puisque c’est pour le bien de l’Humanité.

Les autres partenaires du CCIF ne sont pas moins sulfureux. Il y a bien-sûr Tariq Ramadan qu’on ne présente plus et qui a même adoubé officiellement Marwan Muhammad (14) ; Hassan Iquioussen dont j’ai abordé les faits d’armes antisémites dans la 1ère partie de cet article et qui n’est pas plus tendre avec les femmes ; Hassan Bounamcha, un prédicateur salafiste de référence, rétrograde, misogyne, homophobe et qui est un soutien solide du CCIF (15) ; Nader Abou Anas, dont les prêches moyenâgeux sur les femmes font la joie d’internautes nostalgiques du 7ème siècle (16) ; Rachid Abou Houdeyfa, le fameux imam salafiste qui déclarait à des enfants que s’ils écoutaient de la musique ils seraient changés en porc ; et d’autres encore.

Pour se justifier, le CCIF déclare souvent qu’il discute avec tout le monde : Nous échangeons et débattons continuellement, sur des plateaux télévisés comme lors de rencontres publiques, avec des gens de toutes sensibilités, sans nécessairement adhérer à leurs propos ou à leurs idées, et réciproquement (17). C’est vrai. Le CCIF a de nombreuses fois exprimé son désaccord “avec des gens” : les militants laïques, les féministes universalistes et les musulmans modérés. Il lui est aussi arrivé de débattre une fois ou deux avec des personnes “sans adhérer à leurs idées”. Ce fut le cas avec Jean-François Copé lors d’un débat public ou Mohamed Sifaoui à la radio. Ce dernier est un journaliste luttant depuis longtemps contre les islamistes et qualifié de “sous-fifre de Caroline Fourest” par M. Muhammad. Mais nous n’avons jamais entendu le directeur du CCIF exprimer la moindre critique envers les intégristes musulmans et leurs propos choquants. Lorsqu’on lui cite les noms de quelques personnages sulfureux avec qui il intervient, il répond que jusqu’à preuve du contraire, ils n’ont jamais été inquiétés par la justice (18). Drôle de façon d’exprimer son “désaccord”. L’idéologie et les propos tenus par ses partenaires n’ont donc aucune importance, ni pour sa conscience ni pour l’image négative que cela renvoie de l’islam. C’est seulement s’ils étaient condamnés qu’il commencerait à s’inquiéter. C’est pour cela qu’il accepte volontiers le soutien de salafistes homophobes, puisque non condamnés. C’est également pour cela qu’il ne voit aucun problème à intervenir dans des conférences communes avec des intégristes, organisées par des associations fréristes ou salafistes. Il peut même en organiser lui-même et inviter à son initiative un prêcheur ouvertement antisémite (cf. 1ère partie).

Il n’a jamais été dans un débat contradictoire avec les intégristes. S’il est très véhément et réagit au quart de tour face à de rares contradicteurs dénonçant son intégrisme, il n’intervient jamais pour marquer son désaccord sur telle ou telle position de prédicateurs islamistes concernant la vision de la femme. Il ne réagit pas non plus à leur vision ultra-rigoriste de l’islam. Bien au contraire, il écoute sagement leurs propos rétrogrades avec tout le respect qu’il a pour ces points de vue, pour ensuite intervenir sur sa rhétorique classique : la persécution des musulmans dans un pays “islamophobe”, les pauvres victimes d’injustices, etc. Mieux encore, il est capable de prendre leur défense si nécessaire :

Le 12 septembre 2015 se tenait à Pontoise le “salon de la femme musulmane”. Dénomination peu flatteuse pour les musulmanes à propos d’un salon qui aurait dû s’appeler “salon de la femme musulmane intégriste”. Nous retrouvons encore la tentative des islamistes d’intégrer l’ensemble des musulmans à leur radicalisation. Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas figuraient parmi les intervenants. Lors du discours d’un islamiste, deux militantes Femen s’étaient précipitées seins nus à la tribune en hurlant “Personne ne me soumet”, “je suis mon propre prophète”. Des slogans également écrits sur leur corps. Le contraste fut trop choquant pour les spectateurs. Quelques-uns s’étaient rués sur elles pour les rouer de coups de pied (19). Elles ont dû être escortées pour ne pas être lynchées. On peut ne pas être d’accord avec les méthodes des Femen. Mais de là à en venir à une telle violence, rien ne peut le justifier. Pourquoi cette tentative de lapidation publique ? Car les islamistes ne sont plus habitués à voir des avant-bras nus ou la moindre mèche de cheveux. Alors deux paires de seins qui se baladent à la tribune… !

Deux jours plus tard, Marwan Muhammad publia un long communiqué pour exprimer son indignation (20). Je vous rassure de suite, son indignation ne concerne pas les violences physiques qu’ont subies les deux jeunes femmes. Il n’en dit pas un seul mot. Il y dénonce la pathétique et énième polémique à propos du salon. On peut le comprendre. C’est une honte et un acte “islamophobe” de dénoncer un salon où les intervenants sont misogynes et où est véhiculée une vision rétrograde de la femme. Quelle intolérance des féministes que de critiquer l’intolérable. D’après lui, on s’attaquerait aux salafis non pas parce qu’ils sont des intégristes aux propos choquants, mais parce qu’ils sont les [musulmans les] plus visibles et les plus faciles à problématiser (sic). C’est pour cela qu’il fait les louanges de Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas : J’ai eu l’occasion d’intervenir avec ces deux imams et je les ai vus répondre à toutes sortes de questions, en privé comme en public, allant de la conciliation des couples aux questions pratiques les plus élémentaires, avec patience et bienveillance. Je n’ose imaginer quel genre de conseils ils ont pu donner.

Il termine son communiqué par ceci : Et que Dieu me préserve de voir l’honneur et la dignité de gens que j’estime être piétinés sans que ça ne réveille mon cœur. Son cœur sensible est touché par l’honneur piétiné des salafistes qu’il estime. Mais il n’a pas le moindre mot pour deux femmes qui ont failli être délibérément piétinées physiquement.

Les intégristes dont il prend la défense sont pour lui de simples musulmans, donc victimes “d’islamophobie”. Voilà pourquoi il n’est jamais dans un débat contradictoire avec eux. Comment être dans un débat contradictoire avec des personnes en qui on se reconnait ? En revanche, cela explique aussi ses emportements colériques contre les “néo Harkis” ou “l’islam du réverbère” lorsqu’il parle des musulmans modernistes (cf. 2ème partie). Ceux-là sont des traîtres. Là oui, il exprime clairement son désaccord…

S’il voulait trouver le meilleur moyen d’entretenir et développer “l’islamophobie”, c’est réussi.

Le CCIF participe donc rarement à un débat contradictoire. Quand il ne donne pas une conférence avec les intégristes, il intervient effectivement à l’invitation d’une université, d’associations ou établissements divers. Mais c’est pour parler “d’islamophobie” et dérouler tout son discours victimaire face à un public qui est là uniquement pour l’écouter, sans aucun contradicteur à l’horizon. Lorsqu’il intervient sur les plateaux télés, là aussi c’est rarement pour débattre. Ce sont plutôt des entretiens menés par des journalistes qui maitrisent peu le sujet et ne lui posent aucune question gênante. Ou du moins, ils se contentent des réponses calibrées du CCIF.

Les diners de gala qu’il organise en soutien à son action sont la cerise sur le gâteau de ses partenariats douteux. En 2014 par exemple, le CCIF remercia officiellement pour leur soutien et/ou leur présence les fameux Rachid Abou Houdeyfa, Nader Abou Anas et Tariq Ramadan, pour ne citer qu’eux (21). Il y a rarement eu autant de militants islamistes au mètre carré, à part peut-être au congrès annuel de l’UOIF au Bourget. Si le CCIF prétend qu’il n’est pas toujours d’accord avec ce que peut dire tel ou tel, il semble que les positions choquantes de ses invités qu’il remercie si chaleureusement ne soient pas si gênantes. En revanche, aucune trace de musulmans modernistes dans cette soirée. Abdennour Bidar, Malek Chebel et les autres n’avaient peut-être pas été invités. Ou bien ils avaient perdu leurs invitations. Ou alors ils n’avaient pas envie d’entendre des propos anti-musulmans à leur encontre, du genre “néo-Harkis”. Ou ils n’avaient tous simplement pas envie d’être associés à cette soirée, ce que je peux aisément comprendre.

Étaient aussi présents, et chaleureusement remerciés, des soutiens aux islamistes tels que Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République, ouvertement raciste, homophobe et pro-islamiste. Il y avait également Rokhaya Diallo, une des cautions “féministes”. Une féministe soutenant un mouvement raciste, totalitaire et sexiste, dans une soirée où elle se retrouvait aux côtés de Houria Bouteldja, Rachid Abou Houdeyfa et Nader Abou Anas… Elle est l’illustration parfaite de l’aveuglement victimaire de cet “islamisto-gauchisme”.

Malgré l’évidence des relations du CCIF avec la sphère islamiste et indigéniste qui démontrent l’idéologie à laquelle il appartient, il déclare volontiers que ce sont des procès d’intention en usant toujours de la même image, la capillarité : Je trouve terrible que, incapable de me citer et de me mettre en défaut dans mes positions et dans le travail de mon association, vous soyez obligé d’avoir recours à des disqualifications par capillarité (22). Admettons que ces rencontres, soutiens et conférences communes avec la fleur de l’islamisme et le PIR soient le fruit d’un pur hasard à l’insu de son plein gré. Simple procès d’intention dont le CCIF serait victime par une vision “islamophobe” et post-coloniale de la situation ? En effet, ses relations seules ne suffiraient pas à confirmer totalement son appartenance idéologique. En revanche, ses relations additionnées à son idéologie qui a pu être exprimée à plusieurs reprises, si. Je l’ai longuement “cité” tout au long de mes articles et largement “mis en défaut dans ses positions et dans son travail”. Le CCIF est à l’exact opposé de ce qu’il prétend être (apolitique, areligieux et défendant les Droits de l’Homme). Son idéologie n’est nullement basée sur la défense des Droits de l’Homme, elle est entièrement politique et 100% religieuse. Ses partenariats sont au diapason de son idéologie. A ce point, ce ne sont plus “des disqualifications par capillarité”, mais une mise à nu par osmose.

Marine Le Pen use du même argument que Marwan Muhammad. Invitée en Autriche en janvier 2012 pour un bal viennois, elle s’était affichée avec le gratin de l’extrême droite politique européenne. Comble du cynisme, ce bal avait eu lieu le jour du 67ème anniversaire de la libération du camp de concentration d’Auschwitz, choisie comme date par l’ONU pour être la journée de la mémoire de l’Holocauste et de la prévention des crimes contre l’Humanité. Mais pour elle, cela ne fut qu’un hasard et nous étions tous dans le procès d’intention. Tout comme Marine Le Pen qui déclara pour se justifier qu’elle se rend également à des soirées où il n’y a pas de fachos, Marwan Muhammad explique qu’il intervient aussi dans des conférences où il n’y a pas d’intégristes. Ils ont raison, pourquoi regarder le verre à moitié vide ?

Dis-moi qui sont tes partenaires, je te dirai qui tu es.

Après avoir retracé l’histoire antisémite de son courant idéologique, démontré sa position ultra-identitaire, son racisme et son projet totalitaire, dénoncé preuve à l’appui sa vision sexiste et rétrograde des femmes, établi son rejet de la laïcité, et la totale adéquation des partenaires qui la compose, comment est-il possible que la nouvelle extrême droite française, dont le CCIF est le fleuron, ait des oreilles attentives si complaisantes de la part d’une partie de nos élites, des médias et de la société ? C’est ce que j’aborderai dans la dernière partie.

1ère partie : https://www.facebook.com/notes/naë…

2ème partie : https://www.facebook.com/notes/naë…

(1) Jean-Marie Le Pen «comprend qu’on combatte la démocratie,

http://www.liberation.fr/france/2015/04/07/jean-marie-le-pen-comprend-qu-on-combatte-la-democratie_1236522

(2) Erdogan, l’ivresse du pouvoir, documentaire de Gilles Cayatte et Guillaume Perrier, ARTE GEIE et Alegria Productions, 2016.

(3) “Je ne suis pas Charlie. Je suis CCIF”, l’intégriste anonyme,

https://www.facebook.com/notes/na%C3%ABm-bestandji/je-ne-suis-pas-charlie-je-suis-ccif-lint%C3%A9griste-anonyme-par-na%C3%ABm-bestandji/10211314444114913

(4) Ibid

(5) Rapport d’information fait au nom de la mission d’information sur l’organisation, la place et le financement de l’Islam en France et de ses lieux de culte, enregistré à la Présidence du Sénat le 5 juillet 2016, p. 87.

(6) Lettre de l’UOIF aux Musulmans de France,

http://www.saphirnews.com/Lettre-de-l-UOIF-aux-Musulmans-de-France_a922.html

(7) Anniversaire de la loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux,

http://www.uoif-online.com/communiques/anniversaire-de-la-loi-du-15-mars-2004-sur-les-signes-religieux/

(8) La loi du 15 mars 2004 sur les signes religieux : 10 ans après (2004 – 2014),

http://www.uoif-online.com/actualites/communique-la-loi-du-15-mars-2004-sur-les-signes-religieux-10-ans-apres-2004-2014/

(9) Intervention du Directeur du CCIF Mawan Muhammad au sujet de l’incident du Cenacle,

https://www.facebook.com/mosqueedetremblay.umtef/videos/1120864701339894/

(10) Marwan Muhammad, porte-voix combatif des musulmans, Le Monde, 31 octobre 2016.

(11) Caroline Fourest, Génie de la laïcité, Grasset, Paris, 2016, p. 260.

(12) “Antiracisme” islamiste à Decines,

http://www.ikhwan.whoswho/blog/archives/10845

(13) Ibid

(14) Voir apparaitre aujourd’hui une relève de la qualité de mes jeunes frères Mohamed Bajrafil et Marwan Muhammad (et de tant d’autres), est juste apaisant, réconfortant et énergisant. Je peux partir tranquille.,

https://twitter.com/TariqRamadan/status/798910923821957121

(15) La nudité pour un yaourt ou le voile pour la “pudeur” : la femme selon le CCIF,

https://www.facebook.com/notes/na%C3%ABm-bestandji/la-nudit%C3%A9-pour-un-yaourt-ou-le-voile-pour-la-pudeur-la-femme-selon-le-ccif-par-n/10211496500226202

(16) Nader Abou Anas – Le vêtement de la femme,

https://www.youtube.com/watch?v=-43Dgy0U0-s

(17) Le Grand Oral : Jean-François Copé face à Marwan Muhammad,

https://www.youtube.com/watch?v=OAUM14K8SP0

(18) Ibid

(19) Des Femen perturbent le salon de la femme musulmane à Pontoise et sont sorties de scène sans ménagement,

http://www.huffingtonpost.fr/2015/09/13/femen-salon-femme-musulmane-pontoise_n_8129122.html

(20) Il était une fois le salon de la femme musulmane du Val d’Oise…,

http://contre-attaques.org/l-oeil-de/article/il-etait-une

(21) Merci à tous pour votre présence au dîner du CCIF 2014,

http://www.islamophobie.net/articles/2014/05/26/diner-ccif-2014-marwan-muhammad

(22) Le Grand Oral : Jean-François Copé face à Marwan Muhammad,

https://www.youtube.com/watch?v=OAUM14K8SP0

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